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Il pardonne à l'ours qui l'a attaqué avant de tuer son frère

Découvrez la touchante histoire de la famille Tremblay

Philippe âgé de 13 ans et son frère William, 10 ans. (Photo courtoisie)
La Presse Canadienne

Gravée sans sa mémoire à tout jamais, la journée du 6 décembre est pénible pour William Tremblay.

C'est la journée où il a été attaqué par un ours noir et c'est la journée où son grand frère l'a défendu jusqu'à en mourir. Aujourd'hui, il souhaite pardonner à l'animal sauvage? 11 ans plus tard.

Si William Tremblay a accepté de se confier, c'est pour rendre hommage à son grand frère, Philippe, tué par un ours à 28 ans.

C'est que le matin du 6 décembre 2009, vers 10h, l'ours a surpris par derrière les deux frères à la recherche d'un lac pour pêcher dans une forêt de Charlevoix. L'animal a tout d'abord attaqué William. " C'était inimaginable d'avoir un ours sur moi. J'avais l'impression qu'une voiture me roulait dessus. Pendant 15 secondes (qui ont paru beaucoup plus longues), je ne pouvais plus bouger, j'étais impuissant, je sentais ma peau se déchirer et mes côtes se fracasser. "

William se souvient des yeux meurtriers de la bête et de ses grognements baveux à quelques pouces de son visage. " J'ai réellement cru que j'allais y passer. J'ai arrêté de me débattre ", raconte-t-il avant de laisser aller un long soupire, lui qui adore venir taquiner le poisson sur la Côte-Nord.

Des destins dictés par un caillou

Écrasé sous le poids de l'ours, paralysé par la peur et craignant d'être dévoré vivant, William est persuadé que son heure est venue. Il sera sauvé in extremis par la bravoure de son grand frère qui défie l'animal sauvage, conscient qu'il peut y laisser sa peau dans une bataille inégale avec ce prédateur pouvant atteindre deux mètres de haut lorsqu'il se dresse sur ses pattes arrière.

" Philippe a lancé une roche sur lui, en guise de distraction. L'ours est devenu encore plus agressif et il a foncé sur mon grand frère. "

Avec le sang bouillant de colère, Philippe livrera un combat à mort pour la survie de son petit frère.

Gravement blessé, mordu à plusieurs endroits et saignant abondamment, William aura une soudaine dose d'adrénaline pour se relever, oublier sa peur, et porter secours à son frère victime d'un mâle en furie.

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" Ça s'est passé vite, mais je me rappelle avoir donné un coup de pied au niveau du flanc, et quand il s'est retourné, j'ai visé ses yeux. On s'est battus les deux frères contre l'ours, mais il était trop puissant, pesant facilement 250 livres. "

Déchaîné, le méchant plantigrade fait virevolter dans les airs William par un violent coup de patte avec ses griffes tranchantes. Poussé par une force surhumaine, par l'énergie du désespoir et surtout par l'amour pour son grand frère, William s'est relevé une seconde fois, encore plus mal en point, pour asséner de toutes ses forces des coups de pied, des coups de genou et des coups de poing partout sur le corps de l'animal qui finalement lâchera sa "proie " pour s'enfuir dans la forêt, blessé.

Philippe est à l'article de la mort, ensanglanté, étendu au sol, ses vêtements en lambeaux. William, lui, est affaibli par des côtes cassées et une commotion cérébrale, notamment. Malgré une souffrance indescriptible, il parvient à prendre dans ses bras son frère pour le transporter dans un lieu sûr, mais la mort de son "idole " est inévitable.

" Lorsqu'il était dans mes bras, je ne cessais de lui répéter de rester avec moi, que j'allais le ramener à la maison ", de dire avec la gorge nouée William, sachant très bien que ce n'est qu'une question de minutes avant que son "modèle " ne rende l'âme.

" Trop faible pour parler, mon frère a toutefois, au bout de cinq minutes, murmuré quelque chose. C'est ainsi que j'ai compris qu'il était trop tard. Je l'ai alors déposé à terre, et nous nous sommes simplement fixés dans les yeux. J'étais très émotif, de le voir mourir était l'épreuve la plus difficile de ma vie; certainement encore plus difficile que de combattre l'ours lui-même. Philippe lui, par contre, semblait serein. Il m'a fait un petit sourire tout juste avant son dernier souffle? connaissant mon frère, ce sourire était un dernier "je t'aime ". "

" Philippe n'était pas qu'un simple frère, c'était aussi mon meilleur ami. Nous étions toujours ensemble, de vrais inséparables. Malgré cette fin tragique, nous aurons été ensemble jusqu'à la fin. "

Philippe est décédé d'une sérieuse hémorragie interne.

" Philippe aurait peut-être survécu s'il n'avait pas pris ma défense. Il a donné sa vie pour sauver la mienne ", livre-t-il voulant exprimer un immense sentiment de gratitude envers son sauveur.

Les ours hantent son quotidien

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Au-delà des cicatrices causées par de profondes lacérations de l'ours, William conserve des séquelles de cette tragédie. " Je rêve souvent que je me fais attaquer par un ours. "

Mais pas question de ne plus aller à la pêche. " C'est une activité que j'adorais faire avec mon grand frère. C'est d'ailleurs lui qui m'a enseigné sur les cours d'eau de la Côte-Nord. "

Par contre, chaque pas de William en forêt est marqué par cette vision d'horreur qui remonte à une décennie. Méfiant et prudent, il ne s'aventure pas dans les bois sans son arsenal anti-ours, soit un répulsif en aérosol pour éloigner les ours et un couteau de chasse, " mais je ne suis jamais retourné dans le secteur où s'est déroulé le drame. "

Aujourd'hui âgé de 36 ans et devenu avocat, William Tremblay souhaite pardonner à l'ours. " Lui aussi voulait simplement protéger sa famille. Lui aussi aurait fait n'importe quoi pour assurer la sécurité de ses proches " pense-t-il pour ensuite dire à son protecteur là-haut de reposer en paix, qu'il l'aimera toujours.

Cette terrifiante et bouleversante histoire n'est pas sans rappeler que deux randonneurs ont été attaqués cet été à un mois d'intervalle, sur la Haute-Côte-Nord, à la hauteur des Bergeronnes.

Heureusement, les victimes n'ont subi que des blessures mineures, l'animal ne voulant que protéger ses oursons.





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