Opinion Max Gros-Louis, un homme plus grand que nature
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Max Gros-Louis, un homme plus grand que nature

Julien Cabana a rencontré l’ancien grand chef avant son décès

Max Gros-Louis est resté grand chef de la Première Nation de Wendake pendant 33 ans en tout, à diverses périodes de l’histoire. (Photo Karl Tremblay)
Julien Cabana

Max Gros-Louis, qui a dirigé la Première Nation Huronne-Wendat pendant 33 ans, est décédé. Il avait 89 ans.

(NDLR) M. Grois-Louis est resté grand chef de la Première Nation de Wendake pendant 33 ans en tout, à diverses périodes de l’histoire. Il a dirigé la Nation de 1964 à 1984, puis de 1987 à 1996, et finalement entre 2004 et 2008, lorsqu’il avait perdu ses élections contre Konrad Sioui.

Grand amateur et ancien guide de chasse, pêche et de trappe, l’ancien grand chef savait que le temps était compté pour lui. Notre chroniqueur Julien Cabana l'a rencontré au cours des dernières semaines au milieu des souvenirs de cette vie unique qu’il a vécue.


Durant plus de 30 ans, il a dirigé les destinées de la nation huronne-wendat en tant que grand chef. Aujourd’hui, s’en allant doucement vers ses 90 ans, Max Gros-Louis a accepté de nous accorder une entrevue qui explique tout le cheminement de sa vie.

C’est en compagnie de mon ami photographe Karl Tremblay que je l’ai rencontré chez lui, au travers de tous ses souvenirs qui l’entourent. Le but de l’entrevue était de le connaître un peu plus et non pas pour le glorifier. Il n’a jamais laissé les gens indifférents.

Dès le départ, je lui ai rappelé que nous nous étions parfois tiré les oreilles dans le cadre de mon travail.

«On se battait pour la même cause finalement. On ne peut pas toujours être d’accord sur la façon d’opérer, mais sur la base des débats, nous étions sur la même longueur d’onde. Nous voulions défendre la faune et les chasseurs de nos communautés.»

L’histoire de la famille Gros-Louis est intimement liée à l’actuel territoire de la réserve de Loretteville

«Mon père est né ici, tout comme mon grand-père. Mon arrière-grand-père, Nicolas, était ici aux alentours de 1700, alors que les Hurons ont déménagé de l’Ancienne — Lorette jusqu’au village huron actuel. J’ai toujours été ici et j’ai assisté au développement de la réserve à tous les niveaux.»

LE GRAND CHEF

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Durant son long mandat, il a travaillé au développement de la réserve.

«Lorsque j’ai été élu chef, la réserve avait 400 mètres par 400. De concert avec les autres membres du Conseil, nous avons travaillé à agrandir la réserve jusqu’à un mille carré. À ce moment-là, nous avons pu développer le territoire afin de permettre aux membres de la nation de s’installer convenablement.»

C’est sous son règne qu’a débuté le débat concernant la réserve des Laurentides, la question du territoire ancestral.

«Lorsqu’il est question de territoire ancestral, on veut parler du parc des Laurentides où les Hurons et les Montagnais, aujourd’hui appelés Innus, selon ce que j’ai vu durant toute ma vie, ont trappé et plus. Alors, j’ai essayé de travailler à une entente pour que tout le monde puisse en profiter. Ça ne sert à rien de dire : “ça, c’est à moi et puis toi, tasse-toi”. Je n’ai jamais privilégié la Cour pour régler des différends. Je suis un homme qui aime s’asseoir et discuter pour en arriver à une entente. Personnellement, avec les gens du Conseil, je privilégiais la méthode d’utiliser la ligne des eaux. Le versant de l’eau qui va vers le fleuve Saint-Laurent c’était pour les Hurons et tout ce qui coule au nord vers le lac Saint-Jean, le Saguenay, c’était pour les Innus. Durant mon séjour au Conseil, ça allait assez bien, dans le respect de l’entente que nous avions signée avec le gouvernement du Québec.»

Concernant la présence des Hurons sur le territoire du Québec, monsieur Gros-Louis y va de cette explication.

«D’après moi, au travers de tous les livres que j’ai consultés, au premier voyage de Champlain, les Hurons étaient tous sur le bord du fleuve Saint-Laurent. On retrouve un peu partout des preuves de leur présence. Au deuxième voyage de Champlain, les Hurons étaient partis en Ontario. Ils sont revenus pour habiter l’île d’Orléans, Sillery, Sainte-Foy, L’Ancienne-Lorette avant de terminer sur le territoire de la réserve actuelle, avec nos tuteurs, les Jésuites. Il ne faut pas oublier que le fleuve Saint-Laurent était l’autoroute pour les Hurons.»

RECONNU PARTOUT

Au fil du temps, son implication dans la cause autochtone l’a conduit un peu partout dans le monde. Sa participation à la Table des Premières Nations a fait en sorte qu’il est devenu durant une époque, celui qui personnifiait l’image de la cause.

«Je souhaite que les gens vivent dans l’harmonie en se respectant les uns les autres, autant en termes humains que dans tout ce qui concerne le dossier des droits ancestraux.»  

Mont-Lebel Chasse & Pêche 2

«J’ai fait beaucoup de choses pour faire avancer notre cause. Au départ, j’ai été grand chef de la nation huronne-wendat. J’ai été vice-président fondateur de l’Association des Indiens et des Inuits du Québec, vice-chef national à l’Assemblée des Premières nations, vice-chef à l’Assemblée nord-américaine des Premières Nations et vice-chef de l’Assemblée mondiale des Premières nations. Dans tous les cas, j’ai essayé de faire avancer la cause et je suis content de ce que j’ai fait, autant avec les premières nations, qu’avec les non-autochtones, au Québec, au Canada, en France et un peu partout.»

De la reconnaissance, il en a eu partout. Il a été honoré par l’Académie diplomatique de la Paix en Belgique. Il a reçu l’Ordre du Canada, l’Ordre du Québec, la Légion d’honneur et l’Ordre national du mérite de la France, et plusieurs autres.

Une vie pleinement remplie pour un homme exceptionnel, qui imposait par sa stature et ses idées, lorsqu’il se retrouvait autour d’une table pour discuter.

SON PLUS GRAND SOUHAIT

À l’hiver de sa vie, l’homme veut absolument passer ce dernier message.

«Je souhaite que les gens vivent dans l’harmonie en se respectant les uns les autres, autant en termes humains que dans tout ce qui concerne le dossier des droits ancestraux. Chacun a sa méthode pour les faire respecter. Nous vivons tous ensemble sur le même territoire. Il faut apprendre à le faire dans le respect de chacun. Il est certain que les gens peuvent avoir des idées et des conceptions très différentes d’une situation. Je crois toujours toutefois que le dialogue est la meilleure façon d’harmoniser les choses pour que tout le monde soit heureux.»

Malgré le fait que la maladie le ralentit, il nous mentionnait en conclusion qu’il se préparait pour aller chasser le chevreuil et l’orignal, comme à tous les ans.





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