Opinion Les chevreuils se font moins visibles dans les forêts du Québec
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Les chevreuils se font moins visibles dans les forêts du Québec

Entretien avec Philippe Lachapelle de Sépaq Anticosti

L’hiver demeure le plus grand ennemi du chevreuil au Québec. Il peut décimer la population le temps de le dire. (Photo Julien Cabana)
Julien Cabana

À l’instar de bien des chasseurs, je me suis posé la même question, à savoir pourquoi le chevreuil ne bougeait pas ou presque par rapport aux saisons antérieures sur notre site de chasse.

En discutant avec un expert, j’ai obtenu une réponse qui, sans tout expliquer, semble plutôt logique. J’avais toutefois oublié un élément très important.

«Suite aux grands vents que nous avons connus à plusieurs reprises cette saison, dont ceux qui ont causé la panne majeure d’électricité au Québec, je crois qu’il faut en déduire que le chevreuil bouge moins parce qu’il a beaucoup plus de nourriture accessible facilement en forêt», avance Philippe Lachapelle de Sépaq Anticosti.

M. Lachapelle a été guide durant 13 ans avant de se retrouver au bureau de Port-Menier, comme responsable du service à la clientèle.

«Il y a énormément d’arbres tombés en forêt, poursuit-il, ce qui lui procure beaucoup de nourriture, avec beaucoup moins d’efforts. Au lieu de courir d’un poste à l’autre, il n’a pas raison de bouger beaucoup pour se nourrir. Mais cela n’explique pas complètement le fait qu’il soit moins visible.»

Effectivement, le secteur où je chasse, dans la région de Thetford Mines, présentait les mêmes caractéristiques, avec de nombreux arbres tombés. Certains nous barraient même le sentier d’accès jusqu’à certaines caches de chasse.

J’avais toutefois oublié un élément très important, l’arrivée de la neige. La semaine dernière, alors que je chassais sur le territoire habituel, nous avons reçu plus d’un pied de neige en une journée et demie.

Plus présents

Si rien ne bougeait ou presque avant, au retour du beau temps, les chevreuils sont tout à coup apparus. On pouvait voir des traces partout.

Sur les caméras, les sites d’appâtage étaient visités. L’espoir est revenu.

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Alors que j’étais assis bien sagement dans ma cache, je vois apparaître une femelle qui descend tranquillement sur le flanc de la montagne. Mon cœur s’emballe.

Elle semble vouloir venir aux pommes devant moi. Tout à coup, elle s’arrête et s’amuse dans la neige.

Si je veux réussir, je dois ouvrir la fenêtre de côté de ma cache afin d’avoir un angle de tir. J’essaie, mais en vain, parce que la fenêtre est gelée.

Soudain, je vois tranquillement la femelle remonter vers le sommet, sans jamais m’avoir vu ou senti. Sans le savoir, elle a gagné la manche cette fois-ci. À l’an prochain.

Hiver difficile

Malgré que l’on puisse trouver certaines explications, il n’en demeure pas moins que le cheptel de chevreuils du continent québécois a baissé au cours de la dernière année.

La cause principale est la force de son ennemi principal : l’hiver.

Plusieurs témoignages entendus au cours des dernières semaines portent à réfléchir.

Même si les biologistes du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs n’accordent pas beaucoup d’importance aux rumeurs populaires, il n’en demeure pas moins qu’elles sont un indice.

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Lorsqu’un agriculteur vous explique que l’an dernier, il voyait régulièrement une vingtaine de chevreuils sur sa terre, alors que cette saison, il en voit au plus quatre de temps en temps, c’est significatif.

Un autre son de cloche intéressant, c’est celui d’un ami chasseur qui a vu jusqu’à six femelles dans son site appâté, mais aucun veau.

Si on multiplie ce genre d’histoires par la grandeur du Québec, on obtient un portrait assez fidèle.

Sous la loupe

Le chevreuil demeure le gros gibier le plus chassé sur des sites appâtés. La majorité des chasseurs utilisent des caméras pour savoir ce qui se passe, amassant des preuves qui illustrent bien la situation en temps réel.

Il faut maintenant espérer que l’hiver qui commence ne sera pas trop rude pour les chevreuils parce que nous allons vraiment vivre une ou deux saisons de chasse très difficiles dans l’avenir.

Reproduction autorisée par Julien Cabana de sa chronique parue le mercredi 20 novembre 2019 dans le Journal de Québec.





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